Les évaluations nationales des élèves de CE1 et de CM2 en question(s)

Les résultats des évaluations des acquis des élèves de CM2 sont disponibles à la consultation sur le site Internet du ministère de l’Éducation nationale depuis le 4 avril (www.education.gouv.fr). Ces résultats sont consultables par académies et par départements.
 
Pour la seconde année consécutive, près de 800 000 élèves de CM2 ont été évalués sur les compétences suivantes :
– en français : 60 items en lecture, écriture, vocabulaire, orthographe et grammaire.
– en mathématiques : 40 items en numération, calcul, géométrie, grandeurs et mesure, organisation et gestion de données.
Ces évaluations se déroulent sur une semaine et permettent de mesurer les acquis des élèves par rapport aux objectifs des programmes. Elles doivent constituer pour l’enseignant un outil lui permettant d’apporter une aide personnalisée aux élèves qui en ont le plus besoin. Elles sont également communiquées aux parents qui peuvent ainsi connaître les résultats individuels de leur enfant.
 
Certains enseignants ainsi que les parents de la FCPE pointent les limites du système actuel d’évaluation en primaire.
 
→ La question de la pertinence du calendrier des évaluations pour les élèves de CM2
Ces évaluations ont lieu en janvier, soit en plein milieu de l’année scolaire, les élèves de CM2 sont donc obligatoirement évalués sur des points du programme qui n’ont pas été encore abordés en classe. Selon Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, « ces évaluations, par leur calendrier, leur contenu et leur notation sont inutiles et même déstabilisantes pour les élèves. Parce qu’il n’est pas acceptable que des enfants soient évalués sur des choses qu’on ne leur a pas encore communiqué ».
 
→ Faiblesse du dispositif ?
Nathalie Mons 1, chercheur en Sociologie et auteur d’un rapport pour la Commission européenne sur les politiques d'évaluations standardisées dans les pays européens, pointe les faiblesses statistiques du dispositif actuel : « S’agit-il d’une évaluation diagnostic ? Elle doit alors concerner tous les élèves en début d’année. S’agit-il d’une évaluation bilan qui donne une photo des acquis des élèves à un pallier particulier du système éducatif ? Il est alors préférable qu’elle soit conduite en fin d’année. »
Pour tenter de remédier à cette faiblesse du dispositif, le Ministère a affiné le système de notation à 5 niveaux possibles (réponse attendue, réussite partielle sans erreur, réussite partielle avec erreur, autres réponses, absence de réponse). Ce nouveau système « permet d’enrichir les possibilités d’analyse pédagogique et de donner des informations plus précises aux familles ».
 
→ Quelles finalités ?
Au-delà de la pertinence des modalités de cette évaluation nationale, on peut se poser la question de l’usage qui sera fait, à moyen terme, des données chiffrées. En clair, le monde enseignant et les parents d’élèves doivent-ils nourrir des craintes sur l’utilisation de ces statistiques ?
Luc Chatel s’en défend en présentant le dispositif avant tout comme un « outil de pilotage du système éducatif » tout en cédant aussitôt à la tentation de l’instrumentalisation des chiffres et en brandissant les statistiques dans une interview accordée au Figaro en date du 4 avril : « Les académies de Lille, la Réunion ou Créteil, plutôt en dessous de la moyenne nationale il y a un an, ont chacune progressé de plus de deux points. C'est bien la preuve que notre recentrage sur les fondamentaux, français et mathématiques, à l'école primaire est en train de payer. »
Ne risque-t-on pas de voir apparaître dans les prochaines années un système de notation des académies ? Et, à plus petite échelle, un système de classement des écoles ?
Le risque semble encore plus élevé pour l’élève, celui de voir les résultats de ses évaluations inscrits sur son livret scolaire, livret transmis au chef d’établissement lors de son entrée au collège. Ces évaluations ne sont pourtant que la photographie des acquis d’un élève à un instant T de sa scolarité, c’est la raison pour laquelle elles ne devraient en aucun cas conditionner son devenir scolaire…
 
À noter → Les évaluations des classes de CE1 auront lieu du 16 au 20 mai prochain.
 
 
Ève Cité
Éditrice
07/04/11
 
Nathalie Mons est Maître de conférences en sociologie à l’université de Paris-Est Marne-la Vallée et chercheur au laboratoire du LATTS.
 
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